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Le bonheur d’Anny, maman et heureuse, à Sainte-Hélène

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Sur l’île de Sainte-Hélène, Anny n’est plus triste, ni abandonnée.

Elle ne m’avait pas oublié. Voici sa lettre.

Un voyageur est comme un réveillonneur : il oublie rapidement ses bonnes résolutions.

En voyage, on fait des rencontres. On devient souvent très proche de certaines personnes. On se promet d’échanger des lettres et des emails. Et puis, très vite, on les oublie.

Je ne suis pas différent. Dans mes voyages vers mes îles lointaines, je rencontre des personnes. Je les apprécie. Elles me font rire et réfléchir. Elles m’aident. Elles me guident. Isolées par l’océan, elles sont réservées, austères parfois, accueillantes à leur manière, naturelles et sans cosmétique.

En terminant mon billet précédent sur Jonathan, tortue de 176 ans vivant sur l’île de Sainte-Hélène, j’ai reçu un email d’Anny.

Photo Damien Personnaz/Ste Hélène/2006

Qui est Anny ?

En lisant cet email, qui me souhaitait une bonne année 2010, je me suis souvenu d’elle parce que je ne l’avais pas oubliée.

Anny était toujours restée dans mon cœur. J’ai relaté ici ma rencontre avec elle lors d’un précédent billet. Sa détresse face à l’enfant à naître d’un père presque inconnu et qui n’allait jamais revenir sur son île lointaine. Son histoire m’avait touché. M’avait bouleversé, en fait.

Et voilà qu’Anny m’envoie cet email :

Cher Monsieur Damien.

Je suis Anny. Vous vous souvenez de moi ? La fille un peu grosse qui vous avait demandé une cigarette en haut de Jacob’s Ladder ? Après notre rencontre, j’ai eu honte de moi. Honte de vous avoir importuné avec mon histoire sordide. Je ne voulais pas de votre pitié. Mais vos paroles m’ont fait réfléchir, je n’avais personne à qui me confier. Ma mère n’aurait pas compris. Alors, j’ai écrit au père de mon futur enfant, comme vous me l’aviez suggéré. Cela m’a fait du bien. Mais je ne vous ai pas donné la lettre, je l’ai posté plus tard. J’ai pensé à avorter, mais j’avais honte.

Et bien, il est revenu ! Comme ça, sans prévenir. Nous avons parlé, beaucoup. Nous avons fumé des cigarettes, beaucoup (même si dans mon état, ce n’était pas une bonne chose…). Mais il ne voulait pas vivre à Ste-Hélène et je ne voulais pas vivre à Londres…

Quatre mois plus tard, Emma est née. Elle a maintenant deux ans et demi, elle est belle, je suis fière d’elle. Maman est morte l’année dernière. Je l’élève seule, mais je m’en sors, ma communauté m’aide.

J’ai eu votre adresse email par Ivy, vous savez, celle du B&B. J’espère que je ne vous importune pas. J’espère que vous allez bien et que vous êtes apaisé. Je me rappelle de vous comme un homme gentil, qui sentait la pipe ; timide aussi et triste.

Voilà, je voulais juste dire cela. Je suis maman, j’ai Emma, je suis heureuse. Merci, Monsieur Damien.

Cordialement, Anny.

Voyager, ce n’est pas uniquement rencontrer des gens et les quitter. Anny m’apprend que ce que j’écris un jour s’avère différent le lendemain ou le mois suivant. En racontant son histoire, j’écrivais les mots « chagrin », « détresse » et « désarroi ». Aujourd’hui, j’écris « heureuse », « maman » et « seule ».



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A propos de l'auteur

"Ils/Elles" lointains " «Il n’est au monde qu’une seule aventure: la marche vers soi-même, en direction du dedans, où l’espace et le temps et les actes perdent toute leur importance.» Henri Miller.Vivre sur des îles lointaines au XXIème siècle ...

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