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Exploitations minières pendant la période communiste en Roumanie

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L’exploitation des mines est une occupation ancienne des habitants de l’espace roumain, grâce aux richesses de ces terres: charbon, métaux précieux, sel etc. Cette occupation est une des plus difficiles d’ailleurs, ayant un risque très élevé et pouvant causer de nombreuses maladies. C’est pourquoi les mineurs ont toujours été traités avec respect…

A l’époque communiste, les mineurs roumains ont même été considérés comme l’avant-garde de l’économie roumaine. Les mineurs sont des gens endurcis, pratiquant un métier où l’imprévu peut les tuer. Le travail difficile, épuisant, les porte souvent au seuil de la déshumanisation, l’alcoolisme et la violence sont des présences habituelles dans ces milieux de gens peu éduqués. Mais les mineurs sont également des gens à part, la solidarité étant l’élément essentiel de la cohésion sociale, certains d’entre eux restent dans la mémoire de leurs confrères comme de véritables héros.

Gheorghe Ivascan a été mineur dans presque tous les types de mines. Il a commencé en tant qu’ouvrier dans les mines d’or de Rosia Montana, avant la Seconde Guerre Mondiale. En 2002, il a donné une interview au Centre d’Histoire Orale de la Radiodiffusion Roumaine. Il se souvient d’une vie qui était belle, malgré les conditions difficiles de travail.
«A l’occasion des fêtes, on organisait des bals. De très beaux et très fastueux, à l’instar de ceux donnés par le tout Bucarest. Les jeunes filles mettaient des vêtements larges, en tissus transparents. Les jeunes hommes étaient eux aussi endimanchés. Un accent particulier était mis sur les bonnes manières et surtout le respect dû aux personnes plus âgées. Y manquer était inacceptable pour la société. Pour en revenir aux bals, disons que les jeunes des deux sexes se conduisaient très poliment les uns envers les autres ».

En 1948, les communistes ont nationalisé les mines. Dans les années ’50, le symbole de l’économie communiste était Alexeď Stackhanov, le mineur soviétique qui aurait extrait environ quatorze fois le quota demandé. Son geste créa un véritable mythe, appelé depuis « stakhanovisme» . En Roumanie, le dictateur Ceausescu avait reçu le titre de « premier mineur du pays » et ce après avoir commandé la répression du mouvement gréviste des mineurs de la Vallée du Jiu, en 1977. Gheorghe Ivascan raconte comment, par ces temps troubles, il essayait de venir en aide à ses compagnons.
«Moi, je disais aux gens: Il faut savoir une chose: avant, du temps de l’empire, personne n’entrait dans la mine avant d’avoir dit Notre Père. Si on est en compagnie de quelqu’un, on ne peut pas se signer. Je leur disais de ne pas oublier la prière, et le signe de croix. J’ai expliqué aux gens que s’ils avaient peur, il suffisait de dire mentalement “Dieu nous protège!”. Je n’ai pas eu un seul accident. Bon, il est vrai que je contrôlais mes gens et j’ai fait mon métier comme il fallait. Ca, c’est clair. Il y a différents signes dans la mine. On entend des craquements, des bruits à part. C’est pourquoi il faut dire “Dieu nous protège!”, c’est la seule bonne chose qui vous garde de tous les maux ».

Transféré à Hunedoara, aux mines de charbon de grande profondeur, Ivàscan se rappelle la pauvreté qui y régnait.
„Après 1948, on travaillait 8 heures, vous le savez. Pas une minute de plus, pas une minute de moins. Et on faisait l’appel avant et après les heures de travail. Au début, les quantités demandées n’étaient pas grandes. C’est nous qui les avons fait augmenter. Nous, les mineurs. Nous les avons fait augmenter parce que nous avions besoin d’argent. Par exemple, quand nous sommes allés à Teliuc, on nous demandait d’extraire une demi-tonne de charbon par jour – un cube – comme on disait. Et après 3 ou 4 ans, il fallait en extraire 4 tonnes. Parce qu’il nous fallait gagner, pour pouvoir nous entretenir là-bas et envoyer de l’argent à nos familles. Et les gens des parages nous engueulaient à qui mieux mieux. Ils nous reprochaient d’ętre venus augmenter la quantité de travail. Eux, quant ils venaient au travail, ils apportaient du fromage, de la crème, du lait, du jambon, toute sorte de bonnes choses, alors que nous, tout ce que nous pouvions apporter, c’était de la marmelade. Chez nous, on n’avait pas oů aller chercher autre chose, c’était la pauvreté. De l’argent, maintenant on en avait, mais cela ne nous servait à rien. Ma mère, la pauvre, elle touchait sa retraite et c’était une demi-livre de farine. C’était l’équivalent de 3 ou 4 pains comme on en fait aujourd’hui. C’était sa retraite mensuelle. Elle ne pouvait pas acheter quoi que ce soit. De quoi pouvait-elle vivre? Et nous, nous achetions là-bas, au magasin, de la farine, du maďs, du sucre et nous en apportions chez nous. Et nous apportions également de l’argent”.

La renommée de gens décidés des mineurs s’est pourtant retournée contre eux en 1990. Leurs descentes sur Bucarest ont fait la terreur de tout un pays et ont entaché leur image. L’activité minière semble de nos jours sans avenir, les réformes économiques ne lui laisse pas d’espoir. Mais ce n’est peut-ętre qu’un épisode de la longue histoire de cette occupation en Roumanie.

Aut.: Steliu Lambru; trad.: Mariana Tudose, Ligia Mihaiescu



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A propos de l'auteur

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