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Portrait de « Ye Lili », voyageuse en Chine

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Ye Lili

Ye Lili

A la rencontre de Ye Lili. J’ai fait sa connaissance sur son blog “Vues de Chine”. Un blog où Ye Lili décline les couleurs, les saveurs, les surprises de son séjour en Chine au jour le jour. Rien que de le lire, c’est déjà voyager. Et avec ce portrait, j’espère que vous passez un bon moment tout en buvant un thé de chine.

Salut à toi « Ye Lili » (丽莉)

Moi, c’est Channe, voyageuse en territoires imaginaires, mais enracinée physiquement dans la terre de Normandie.

Je te découvre sous le pseudo « Ye Lili» sur ton blog « Vues de Chine », il me semble donc normal de t’offrir du thé. Glacé, ça te va ? Moi, j’aime bien le thé glacé et aussi les thés parfumés ? Je suppose que c’est une hérésie en chine ?

Eh bien non ! On trouve du thé glacé en Chine, des sortes de Ice Tea locaux, au jasmin, au thé vert… Mais les thés les plus bus restent le thé vert et le thé au jasmin, chaud ! C’est ce dernier qu’on sert systématiquement au restau. Pour vous donner une idée de la popularité du thé : tous les chauffeurs ont dans leur voiture leur bocal rempli à moitié de feuilles de thé, à moitié d’eau, ils le sirotent 12 heures par jour.

Alors, je suis en Normandie, non loin de la plage de Dieppe où tous les deux ans, la Chine vient vers moi à travers les cerfs-volants lors du festival international. Dans ton blog, tu parles des dragonneries et là, on en voit de très belle dont un énorme dragon qui quand il s’envole, recouvre presque tout le front de mer…Les cerfs-volants en Chine, c’est toujours vivace dans la culture ?

Toujours ! Sur la fameuse place Tian An Men de Pékin, on peut voir des Chinois qui viennent en famille faire voler leurs cerfs-volants. J’en ai vu dans beaucoup de villes chinoises, mais maintenant que j’y pense pas encore à Changzhou. Peut-être que je n’ai pas découvert le bon spot !

Bon, sinon, comment vas-tu exilée volontaire ? En ce moment tu te définis sur ton blog comme une voyageuse sédentaire. C’est-à-dire que tu résides en Chine. En fait, ça doit être comme un voyage permanent ? Ou tu te sens chez toi ? A ta place ?

C’est un peu la question du moment. La France me manque plus que je n’aurai cru, même si je n’ai aucune envie d’y revenir tout de suite. En prenant le temps d’observer et de m’immerger ici, je me rends compte que je suis définitivement Occidentale, peut être d’ailleurs plus Européenne que Française, car je n’avais pas senti ce manque quand je vivais en Allemagne.

Je me sens en ce moment très bien en Chine, d’ici quelques mois ou quelques années, je me sentirai sans doute aussi bien sur un autre continent, mais je ne me vois pas ne pas revenir en France. Et ça, j’en suis sûre depuis que je suis si loin ! Je vis donc un vrai voyage, avec ses 3 inévitables phases, toutes aussi importantes à mes yeux : l’avant, le pendant et l’après. Le voyage a été fantasmé, espéré ; il est vécu, et il deviendra un souvenir, une expérience unique.

ye-lili

ye-lili


L’ami Loïc, rédacteur sur Ideoz, te demande quel est ton état d’esprit par rapport à la nourriture quand tu voyages ? Tu expérimentes tout ou tu restes prudente, réservée sur les expériences insolites ? Au fait, as-tu goûté à du thé au beurre (souvent rance paraît-il) tibétain ?

A priori, je suis plutôt gourmande et aime à peu près tout. Donc j’essaye et j’expérimente. De toute manière, commander dans un restau en Chine, c’est un peu la roulette russe. Même en parlant à peu près bien, il est toujours difficile de commander, car il doit y avoir autant de noms de plats que de restaurants (j’exagère à peine), disons au moins autant que de villes ! Donc j’ai 2 tactiques : la plus simple, je commande ce qu’ont mes voisins de table, mais les apparences sont parfois trompeuses, ou alors je demande le type de plat (genre, je veux du porc, sucré vinaigré), et là, c’est aussi souvent surprenant. Car on peut se retrouver avec des oreilles de porc, des crêtes de poulet, de l’estomac d’un autre animal, etc.… Le thé au beurre, je l’ai goûté. Sous une tente tibétaine. Pas nécessairement à mon goût ; mais le moment était tellement unique, que j’aurai pu avaler n’importe quoi sans broncher pour ne pas briser la magie…

Vue du train

Vue du train

Au fait, la passion de la Chine s’est instillée comment dans ta vie, en douce, un coup de foudre, une évidence depuis l’enfance, une image. Quel a été le déclencheur de la passion « Chine » ?

Le hasard je dirai… Ma première envie remonte au collège : je voulais étudier le chinois après la 3ème, mais j’ai été refusé dans le lycée qui le proposait. Je me suis tournée sur une autre langue. Et puis, le chinois est revenu vers moi : une personne rencontrée lors d’un stage pendant mes études m’a proposé de travailler pour elle à la fin de mes études, car nous avions eu un bon feeling deux ans avant. Elle venait de créer son association d’échanges franco-chinois (tchin-tchine) et avait besoin d’une personne pour l’aider. La Chine est donc revenue à moi, 8 ans plus tard ! J’ai donc appris le chinois à partir de ce moment là et suis partie rapidement en Chine. J’ai été sous le charme de l’exotisme de l’Asie, disons-le. Et puis j’ai commencé à m’y intéresser intellectuellement. Ce pays est tellement déroutant, il me fait beaucoup me remettre en question.

La passion que j’ai est celle de la langue. Tout un univers que m’ouvrent les caractères… Je n’en suis qu’en cours d’apprentissage, mais c’est vraiment un plaisir !

Je travaille en atelier d’arts plastiques avec les enfants, et chaque année, on fait un tour du monde. En général, on s’envole en Terres africaines ou en Australie et comme on aime, on s’attarde. Ce qui fait que l’Asie est toujours un peu zappée à la fin de l’année scolaire. En septembre prochain, nous partirons de Chine, puis nous irons au Tibet et en Inde.

mon-imagierPour la Chine, je me suis procurée un petit livre « « Mon imagier chinois » (17 € )pour donner à découvrir les caractères chinois. Est-ce que par hasard, toi qui as appris le chinois et qui est toujours en apprentissage, tu aurais un livre à me conseiller ou un site internet pour offrir un aperçu de la culture chinoise aux enfants. Merci par avance…. Je suis certaine que tous ceux qui ont des enfants seront ravis d’en profiter pour leurs bambins.

Deux livres que j’aime bien : Aujourd’hui en Chine : Lanhua de Geneviève Clastres et Le secret d’un prénom, Lisa Bresner. Deux initiations avec des yeux d’enfant pour des enfants. Pas d’idée de sites pour l’instant, désolée…


aujourd'hui en chine~ 13€

aujourd'hui en chine~ 13€Le secret d'un prénom ~12 €

Chine, Tagong

J’ai lu sur ton blog que tu avais été censurée, pas toi personnellement mais les connexions au moment de l’anniversaire de la Place Tian’anmen ? Comment on se sent quand on est censurée ? Est-ce que les Chinois avaient conscience qu’il se passait quelque chose où cet anniversaire n’était il l’affaire que des intellectuels ? De loin, on avait l’impression d’une ignorance.

Sur la censure d’abord. Disons que c’est un drôle sentiment, inattendu de mon petit point de vue de Française, libre de paroles et de pensées. Plus largement, ça m’a fait sentir un peu plus proche des millions de personnes qui vivent cela au quotidien, avec des conséquences souvent plus difficiles que le changement de plateforme pour son blog !

Votre impression d’ignorance n’est pas fausse. Les Chinois sont malheureusement victimes de la propagande et de la censure du gouvernement. L’accès à l’information en chinois est très difficile. L’information se limite souvent aux médias officiels qui sont la voie du gouvernement. Les intellectuels n’ont pas droit à la parole. J’espère sincèrement qu’avec le temps, la situation évoluera. Une société civile semble émerger peu à peu…

Est-ce qu’on se sent absolument libre en Chine ? En tant qu’occidentale ou il y a des règles à respecter –vis-à-vis des gens, il me semble normal de respecter leur mode de vie- mais vis-à-vis des autorités ? Sent-on leur présence ? Les militaires ou la police ? Ou est-ce un fantasme d’occidentale bien à l’abri ?

Je ne me suis jamais sentie menacée en Chine. Aucun problème personnel vis à vis de la police ou des militaires. Mais je n’ai jamais essayé de m’y frotter !

Ce qui reste le plus dur ici, c’est de savoir tout ce que fait le gouvernement pour museler la liberté et les droits de l’homme. Mais je l’apprends plus en surfant sur le web international (parfois avec des proxys !) que dans mon quotidien chinois. Je pourrai tout aussi bien ne rien lire et me sentir bien à ce niveau…

Le respect des gens se situera au niveau des conversations : même si justement l’ignorance peut me déranger au cours de certaines discussions, j’essaie toujours de rester humble culturellement, et de respecter la culture des personnes en face de moi. J’entends par là ne pas arriver avec mes idées préconçues, et la certitude que je détiens la vérité sur la politique, l’éducation, les droits de l’homme… La réalité est multiple !

La Chine, si tu devais donner une couleur, une odeur, ou un objet, ce serait quoi ?

Rouge car, dans mon imaginaire, lié à la Chine (les Chinois eux-mêmes utilisent d’ailleurs le jaune comme couleur traditionnelle), mais aussi rouge comme communiste, passionnel et énervant parfois !

Alors cet été, tu profites de la proximité du Japon pour aller à sa découverte, on peut avoir quelques impressions de ton voyage ?


Première expérience asiatique hors de Chine : un pays au moins aussi développé que la France, peut être plus. En 3 mots : propre, calme, zen. Des Japonais très poli, peut être trop, du coup lisse et très difficile à cerner. Mais aussi très gentils et très serviables.

Tokyo, la seule ville où j’ai été : multiple, vibrante, passionnelle !

Quand tu voyages, quelle est ta pratique quand tu es libre de choisir, circuit touristique ou aller à la découverte des gens ? D’après ce que j’ai lu sur ton blog, tu ne passes pas en revue le patrimoine, tu sembles préférer les rencontres ? As-tu un souvenir d’une rencontre particulière ?

Ca dépend un peu des endroits, et de mon humeur, mais c’est vrai que j’aime surtout observer les gens et essayer de percevoir leur quotidien.

J’aime aussi beaucoup la nature : que ce soit les espaces verts des villes ou les grands espaces naturels (qui me manquent un peu en ce moment !). Et j’aime aussi le patrimoine. Disons que sur une semaine de voyage, un ou deux musées me suffisent, mais j’adore me promener dans des lieux chargés d’histoire, me balader dans les rues le nez en l’air.

Une rencontre particulière… Je me rappelle, mon premier voyage en Chine en 2005 : j’ai rencontré une mamie dans un parc à pékin. Elle m’a appris quelques massages et quelques pas de tai-chi. Elle me dit être là tous les jours de l’année et qu’elle espérait me revoir. Je l’ai retrouvé au même endroit un an plus tard. Sachant que le parc était immense et mon sens de l’orientation très limitée, j’ai eu de la chance. Ca a été un vrai plaisir de se retrouver et elle a beaucoup apprécié les quelques photos que je lui ai apportées…

Chine, Zhaoxing

Autres pratiques de voyageurs, tu butines les bibelots souvenirs, tu privilégies les objets rares ou tu es « carnet de voyage », photos, aquarelles et petits objets collés et annotés, racontes nous ?

Une seule pratique régulière et qui perdure : écrire au fur et à mesure de mon voyage. Ecrire pour ne pas oublier les premières impressions, les coups de gueules, les beautés éphémères. Et des photos, beaucoup beaucoup. Malheureusement, pas de dessin, je ne suis pas douée, ni de fétichisme d’objets ou de prospectus, car je finis toujours par faire le vide.

Mes butins de voyages se limitent donc à mes carnets, mes CD de photos et mon blog J

Tu es partie sans trop te préparer pour la Chine, privilégiant la surprise et l’inconnu. Tu y étais déjà allée mais pour y vivre ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui te manque, que tu aurais souhaité emporter ?

Je suis clairement partie rapidement en Chine. Décision prise suite à un mail envoyé par un ami vivant ici : en quelques lignes il a réussi à nous motiver pour larguer les amarres, mon homme et moi.

Des petites choses qui me manquent: un bon foie gras, un fondant au chocolat… Nan, pour de vrai, rien de matériel ne me manque vraiment.

Sérieusement, une seule chose me manque ici: mes proches. Amis de longue date et famille, rien ne peut remplacer cela. Mais l’écriture permet de garder le lien, et au retour, nos retrouvailles et nos échanges n’en seront que plus forts !

Ye Lili, je te souhaite un bon séjour et je te remercie pour les mots donnés. Et nous attendons la suite de tes aventures….

A bientôt sur Ideoz.

Channe avec un coup de main de Lodaberserker

Channe, Les Archives du Peut Être

Channe, Les Archives du Peut Être






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A propos de l'auteur

14 commentaires

  1. J’ai pris ce livre à la bibliothèque sur les conseils de mon amie Caroline qui utilise cette collection pour donner à comprendre aux enfants d’ici comment vive vraiment les enfants ailleurs. Il est très bien fait avec des petits volets explicatifs sur des points précis comme l’histoire, le ying et le yang, l’écriture chinoise et l’on découvre les espoirs et les craintes d’une collégienne d’aujourd’hui en chine. Les mêmes soucis que nos enfants et quelques autres comme la destruction de son quartier pour construire de grands immeuble. Pour donner un reflet de la vie quotidienne et de la culture, de l’école, de la vie au jour de jour, c’est un livre extraordinairement juste.

  2. DESAGNAT Françoise on

    une bonne adresse pour un restau chinois authentique à Paris : le SINORAMA, M° Tolbiac, avenue d’Ivry ou de Choisy, je ne sais plus, mais c’est en allant vers le lycée Cl. Monnet je crois.

  3. Personnellement, je vais dans un restaurant à Auzeville Tolosane si tu connais? J’y vais depuis plus de vingt ans. Les patrons avec qui j’ai sympathisé sont chinois et Thaïlandais, mais ils ont souhaité adapter la cuisine pour proposer des variations. Du coup, leur cuisine n’est pas typiquement chinoise, mais ils proposent surtout des sauces d’inspiration thaï… J’aimerais pouvoir manger “chinois” ; quelque chose de plus authentique. J’ai eu l’occasion de le faire à Barcelona, et vraiment, c’était délicieux, même si je ne suis pas fan du canard laqué!

  4. Je connais des restos sympas à Toulouse (le Sichuan et le Chongqing), d’où je viens et à Paris, dans le 13ème (avenue d’Ivry, il y en a un paquet…).
    Disons, qu’il faut être sûr que les restaurateurs soient chinois (et non vietnamiens comme c’est souvent le cas): il suffit de leur demander. C’est déjà une bonne base. Si c’est dans le quartier chinois de Paris, regardez par la fenêtre et vous verrez s’il est plein, d’Asiatiques de préférence, c’est un autre bon signe !
    La cuisine que j’aime bien et qui est assez présente en France est celle du Sichuan: très riche en goût et très variée, mais attention, très pimentée aussi 🙂

  5. Mon oncle était plus mesuré que ma tante sur la question des animaux peu ragoutants présents sur le fameux marché et dans des cages où ils étaient entassés… Comme tu le dis, il s’agit de différences culturelles qui font que l’on est choqué parce qu’on ne connaît pas ce genre de pratiques culinaires et qu’on ne s’imagine pas probablement en manger de manière naturelle… La Thaïlande semble aussi réserver de grandes suprises sur le plan des contenus des mets. Or, la Chine comme la Thaïlande ont une renommée évidente de par le monde…

  6. Merci pour les commentaires sympathiques !
    Merci, c’est bien xiexie, je confirme (谢谢)

    C’est vrai que les Chinois mangent beaucoup de choses différentes de ce qu’on trouve ici. Pour le chat, jamais jamais entendu parlé. Pour le chien, c’est vrai qu’on en trouve en Chine, mais plutôt dans le sud de la Chine. Et ce sont des chiens d’élevage, de la même manière qu’on élève porcs ou boeufs pour les manger chez nous. Je pense n’avoir jamais mangé de chiens, fidélité à mon premier animal de compagnie oblige !

    Pour la médecine chinoise, je n’ai testé que les massages. Pas encore l’acupuncture. Mais les massages sont vraiment agréables et souvent intenses, car ils sont faits sur les points d’énergie.

  7. Mon oncle va fréquemment en Chine depuis au moins 20 ans… Il bosse dans l’import export d’électronique et il m’a rapporté pas mal d’anecdotes…. Les tables exceptionnelles pour signer des contrats avec certains clients… C’est des vrais banquets… La bouffe des guinguettes surtout aux abords des marchés où il préfère ne commander que du poisson… D’ailleurs, il ne mange quasiment jamais de viande dans ses séjours, car il semblerait que l’on puisse trouver de tout dans son assiette … chats, chiens, etc… Ma tante a rapporté un souvenir assez atroce d’une visite dans un marché…

  8. J’ai adoré lire cet échange si plaisant, riche de sens et d’expériences. Je remercie aussi bien l’intervieweuse que celle qui a eu l’amabilité de se présenter et de donner sa vision de la Chine, sous des dimensions variées, ce qui est pleinement l’objectif d’IDEOZ.

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