Culture et Traditions en Bavière

L’Empire Oktoberfest 1900 : de la bière et du sang à la fête de la bière de Munich

Par Sandrine Monllor (Fuchinran), le Nov 7, 2020, mis à jour le Nov 12, 2020
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Si vous aimez les séries historiques et sagas familiales, je recommande la mini série allemande en 6 épisodes de 50 min, l’Empire Oktoberfest 1900 : du sang et de la bière, disponible sur Netflix… Cette fresque historique sur fond de rivalité entre deux brasseurs raconte le processus impitoyable d’industrialisation de la fête de la bière.


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L’Empire Oktoberfest 1900 : mini série réussie sur la modernisation de la fête de la bière de Munich

Tout commence quand un prussien Curt Prank venu de Nüremberg essaie de s’implanter à Munich et de créer la première tente géante, en ne reculant devant rien pour atteindre ses objectifs. Y compris la manière forte, le chantage et la corruption. Si on l’ignorait et si une balade en touriste dans les allées de la plus grande fête de la bière du monde ne permet pas de l’imaginer, l’Empire Oktoberfest 1900 nous rappelle d’emblée que la fête de la bière de Munich n’est pas devenue une institution internationale, sans enjeux, ni adversités, ni rivalités.

Des décors très efficaces et restitués avec rigueur qui nous immergent vraiment dans l’époque, des personnages assez intéressants servis par des acteurs convaincants à commencer par Mišel Matičević dans le rôle de Prank, une histoire ponctuée de drames, trahisons au nom d’ambitions sans limite poursuivies par besoin de revanche de Curt Prank après le drame de la mort de son père dans son enfance… Dans ma mémoire, le personnage de Curt Prank fait échos au héros de la saga Les Steenfort, maîtres de l’orge et c’est plutôt un bon point. Cela pourrait suffire comme arguments pour vous donner envie de découvrir cette série.

Une telle trame ne saurait être sans une histoire d’amour a priori impossible entre la Clara, la fille de Prank pour laquelle il cherche un bon parti et le fils aîné de la brasserie Deibel Bräu Roman Hoflinger. Alors que les Hoflinger sont ruinés et doivent se battre pour leur survie, quand Prank obtient leur emplacement grâce à ses manoeuvres auprès du premier magistrat de Munich, la rencontre entre Roman et Clara donne à une rivalité de plus en plus haineuse une autre dimension.

Le sang coule presqu’autant que les flots de bière dans une Munich très différente de la ville avenante qu’elle est devenue. L’ambiance sombre, les méthodes limites, l’utilisation des pouvoirs politiques puis leurs réactions face à l’ambitieux Prank éclairent d’un autre jour l’événement populaire le plus grand au monde, d’autant que la série est inspirée d’une histoire vraie.

Résumer L’Empire Oktoberfest comme une sorte de Dallas 1900 au pays de l’orge et du houblon fermenté serait pourtant réducteur. Certes, il y a du vrai, mais l’intérêt est d’explorer la fête de la bière telle qu’elle se déroulait avant que les premières évolutions majeures renforcent l’entreprise très lucrative.

A voir en VO, car l’accent allemand bavarois plonge vraiment mieux dans l’ambiance!


Un personnage et une intrigue inspirés d’une histoire vraie

Tout peut s’acheter. Curt Prank en est tellement convaincu que les viles méthodes d’extorsion ne le répugnent pas. Il ne s’en charge pas en personne, il les confie à ceux qui n’ont pas peur de se salir les mains, quitte à tuer ses opposants. Si le contexte diplomatique et historique complique sa tâche, la série lui donne à la fois tort et raison, mais cela ne retire rien à ce qu’il a apporté dans la transformation de la fête de la bière au début du XXème siècle.

O’zapft is! comme dit chaque année le maire de la capitale de la Bavière pour inaugurer la fête! A l’époque, Munich avait décidé d’imposer que seules les brasseries de la ville puissent servir leur bière et acquérir leurs concessions. Alors que des brasseries provenant de tout le Land pouvaient s’enrichir, les intérêts capitalistiques changent et s’amplifient. Tout le monde cherche à tirer parti de l’événement. A commencer par la mairie. Les rivalités entre les brasseries de Munich façonnent autant l’histoire de l’Oktoberfest que les nombreux aléas, qui ont pu la menacer. Les soubresauts n’ont pas manqué en plus de deux siècles, mais le génie de cette fête si importante pour l’activité économique des brasseurs, est d’avoir su imposer ces traditions et fondamentaux qui sont devenus des traceurs.

C’est l’un des tournants de cette riche histoire que raconte L’Empire Oktoberfest 1900 à travers le destin du personnage phare Curt Prank et son opposition face à la famille Hoflinger, propriétaire de la Deibel Bräu, petite brasserie traditionnelle munichoise, que Prank prend pour cible pour atteindre son objectif de tente géante sur un emplacement central de la Wiesn.

Curt Prank est un personnage inspiré par le parcours de Georg “Schurl” Lang, brasseur habitant à Nürnberg, qui a tout fait pour s’octroyer un emplacement lors de l’Oktoberfest et soumettre des aubergistes comme hommes de paille pour racheter leurs parcelles et pouvoir servir de la bière sous une tente géante de 6000 places. A titre indicatif, aujourd’hui les plus grandes tentes accueillent jusqu’à 14000 personnes, mais dès 1912, une tente de 12 000 places marquait le passage vers une nouvelle étape.

Bien que l’ère des Bierburg (châteaux de la bière) ait été initiée quelques années avant, Georg Lang s’avère le précurseur de la fête de la bière moderne par son concept de tente animée. La “I. Bayerischen Riesenhalle” est l’archétype de la tente telle qu’on la connaît aujourd’hui. Pour rappel, bien avant de devenir l’Oktoberfest, la fête d’octobre en hommage à la bière d’automne, l’événement avait été lancé en 1810 pour célébrer le mariage du roi Louis Ier de Bavière et a perduré pendant près d’un siècle dans une forme mixant foire foraine et marché agricole établie à partir du milieu de 1850.

Réinventer l’Oktoberfest de Munich ou comment est-elle devenue une fête industrielle moderne

Si vous pensiez que les tentes de l’Oktoberfest, aujourd’hui si incontournables, ont toujours existé et étaient des éléments constitutifs de la fête originelle, vous découvrirez que leur émergence part d’un coup de (mauvais) génie et d’une intuition. Au même titre que la Märzbier ou Wiesen Märzen, bière munichoise impérativement produite à Munich, s’est imposée comme une contrainte supplémentaire pour protéger les brasseries locales et tenter de freiner les velléités de cet “étranger”, jugé mégalomaniaque, qui voulait être l’empereur de la bière lors de l’Oktoberfest.

En cette année 1900 à quelques semaines de l’inauguration, l’environnement de la célèbre Wiesn, où se déroule depuis son origine, la fête de la bière, est bien celui d’une prairie boueuse, comme celle qui accueillait les festivités royales en 1810. Seule la statue de Madame Bavaria, fondée en 1850, témoignait de l’inscription de l’Oktoberfest dans le paysage munichois. Les baraquements des tavernes n’ont rien d’avenant. Les animations foraines attirent déjà les foules, mais beaucoup par voyeurisme et par curiosité à l’égard des “sauvages” et des attractions exotiques, et pas forcément pour déguster des spécialités bavaroises et de la bière munichoise.

L’idée d’une grande tente n’est pas en soi révolutionnaire. Dès 1895, des établissements plus sophistiqués et inspirés de la mode des châteaux avaient été instaurés par la Winzerer Fähndl et dès 1896 par Schottenhammelschen. Néanmoins, ce ne sont pas les activités de taverne et brasserie qui sont le centre d’attraction de ces lieux, plutôt dédiés aux chasseurs et amateurs d’armes. Ce qui fait la force de l’idée révolutionnaire de Prank (ou de Georg Lang en l’occurrence), ce n’est pas tant la taille de la tente que l’ambiance qui y a été développée.

Alors que la fête de la bière mélangeait des brasseries plus “bourgeoises” assez tranquilles, des coins plus sordides où la prostitution allait bon train et une partie de fête foraine plus proche de la foire aux phénomènes, Curt Prank dans l’Oktoberfest choisit une ambiance conviviale, festive, faîte de chants et musiques, de concerts, rythmés par les fameux “Ein Prosit ein Prosit der Gemütlichkeit” périodiques qui obligent les visiteurs à consommer toujours plus, sans s’en rendre compte.

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Sandrine Monllor (Fuchinran)

Je m’appelle Sandrine Monllor. J’ai créé IDEOZ, guide de voyage sur l’Europe communautaire,  élaboré à partir des expériences de voyageurs aux profils variés. Historienne, anthropologue et ethnologue de formation, depuis plus de 10 ans, j’essaie de faire de ce projet mon métier en partageant conseils et expériences et de préserver un espace éclectique et tourné vers les échanges et la rencontre avec les différences. De mes voyages, je conserve surtout les souvenirs intimes de petits riens, des chemins de traverse où je me suis perdue ou engagée au hasard, des rencontres et des expériences plutôt que celui des visites si incontournables soient-elles. Je suis une voyageuse résolument curieuse de tout, qui fonctionne à l'instinct. Je suis passionnée en particulier par l’Europe balkanique, centrale et orientale ; des terres dans lesquelles je me retrouve parfois, tant elles sont insoumises, contrastées, passionnelles et contradictoires. Routarde voyageant uniquement à l’aventure sans jamais rien préparer, ni fixer de destinations, j’aime appréhender les frontières visibles et invisibles entre les peuples et je privilégie les séjours transfrontaliers. Je suis une gourmande en quête des gastronomies locales, attachée aux échanges avec les habitants et sensible à l’histoire et aux traditions. Me contacter par mail?

Commentaires

Le Nov 8, 2020 à 1 h 30 min, Kris a dit :

Ah j'ai adoré Une super mini série !! Très réussie

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