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La vie est un miracle d’Emir Kusturica ; un film baroque et touchant (Cinema serbe)

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Dans La Vie est un miracle, Emir Kusturica, fer de lance du cinema serbe, évoque sur un ton tragi-comique mêlant poésie et baroque, la guerre de Bosnie Herzégovine, à travers l’histoire improbable entre une bosniaque et un serbe.

Kusturica est le cinéaste serbe le plus connu dans le monde. Profondément attaché à la Serbie au point de ne pas cacher sa fibre nationaliste, il a contribué depuis son tout premier film Papa est en voyage d’affaire en 1989 à faire découvrir la vie, la culture balkanique et les passions qui agitent les Balkans.

Dans La Vie est un Miracle, c’est sur la guerre de Bosnie qu’il porte un regard à la fois fantasque, tragi-comique et très touchant. Quand les hommes retiendront les leçons… Ils auront peut-être la chance de découvrir ce qu’est un Miracle…  Ce film événement du Festival 2004 de Cannes est sans conteste est l’un des plus décalés  sur le conflit en Bosnie. Underground du même Kusturica, Harisson’s Flower, Les amants de Sarajevo, Welcome to Sarajevo, Sarajevo mon amour, Hunting party et No Man’s Land l’évoquaient déjà de belle manière. La Vie est un miracle apporte un éclairage instructif sur les contradictions et les tensions de la société serbe et bosniaque…


La vie est un miracle, un film touchant et flamboyant

 “La Vie est un miracle” est un film touchant, (quelle surprise pour un film signé Kusturica !?) qui ne manqua pas de laisser sa trace dans la sélection du 59ème Festival de Cannes et de frapper les esprits. Dans ce film magnifiquement tourné, avec tout l’art baroque et poétique que l’on reconnaît à Kusturica et qui nous berce constamment en nous faisant passer du rire au larme en deux secondes, on retrouve tout ce qui fait du cinéma intellectuel et humain un art complet capable de nous transporter dès les premières images. Kusturica était peut-être le plus attendu des cinéastes de la Croisette, d’autant qu’il est parmi les plus primés (deux Palmes d’or, rien que ça ! et un prix de la meilleure mise en scène) ! Avec “La Vie est un Miracle”, il confirme pourquoi tant d’amateurs de beau cinéma avaient envie de découvrir de nouvelles facettes de la Guerre avec son regard curieux et original.

Tragédie comédie et absurdité de la guerre en Bosnie

Dix ans après “Underground“, toujours avec la même passion, la vigueur qui le caractérise et le même désir de montrer l’absurdité des hommes, c’est finalement sous un angle plus léger mais non moins sérieux qu’Emir Kusturica aborde le conflit Bosniaque en préférant l’amour aux scènes de combats et d’horreur. Kusturica n’emprunte pas le souterrain pour nous mener, par une bouche d’égout, dans la vie noire et envahie par les cris pendant l’embrasement de Sarajevo ; mais il préfère l’Amour qu’il coud d’espoirs avec une inventivité et une créativité qui forcent l’admiration en particulier quand on voit comment il les met au service des banalités du quotidien comme pour mieux transformer chaque instant en moment exceptionnel!

L’histoire qui se déroule dans un village dont la ligne de chemin de fer est devenue l’attraction touristique et la cible des combattants, est simple : il s’agit d’une histoire d’Amour entre un Serbe, Lukas, dont le fils Milos appelé sous les drapeaux a été fait prisonnier et une jeune bosniaque musulmane, Sabaha, à la présence et au charme fou, qu’il décide de prendre en otage dans l’espoir de retrouver son fils. Comment ce couple imprévisible nous balade-t-il dans son pays en proie aux affres de la guerre civile où les parents et amis d’hier deviennent les pires ennemis de leur présent pour cause de religion ou d’appartenance ethnique et où les ennemis d’aujourd’hui deviennent les amants de l’avenir ?

Cette  oeuvre de Kusturica est une fois de plus flamboyante, techniquement maîtrisée à merveille et interprétée avec justesse par des comédiens qui nous sont inconnus et qui sont pourtant admirables dans leurs force, leurs fragilités et leur manière de transmettre un mélange étrange et subtil d’émotions. Loin du tumulte d”‘Underground”, du trop américain “Arizona Dream”, de la fable stylisée du “Temps des Gitans” ou de la farce débridée de “Chat Noir Chat blanc” où il nous plonge dans la facétieuse communauté Tsigane, Kusturica se glisse à la fois dans la peau d’un conteur et d’un poète baroque pour explorer et scruter l’humanité et la cruauté de la vie, avec un sens aigu du lyrisme marié sans fausse note à des touches picturales quasi surréalistes! Les images s’enchaînent comme des évidences, un peu à l’instar du flux de paroles du conteur et pourtant, on éprouve en même temps dans la mise en scène les difficultés d’un tournage marathon, éprouvant pour tous, où le cinéaste a surtout montré qu’il était avec sa complice la caméra d’une instinctivité folle, tel un animal toujours prêt à bondir, qui filme tout sans répit, comme s’il se refusait à respirer, à penser et à réfléchir cette guerre dont il a été un jour l’acteur malgré lui et qu’il veut montrer en filigrane plus qu’en avant-plan.

Preuve que Kusturica voulait tout donner dans ce Miracle, il est même allé jusqu’à pousser son plaisir à la jouissance, puisqu’il nous dévoile l’un de ses autres talents en signant toute la musique “Aka Zabranjeno Pusenje” avec son orchestre No Smocking Orchestra. Toutes ces mélodies riches de variations, empreintes d’un folklore gitane et aussi oriental habitent littéralement le film et on ressent dans les harmonies sans fioriture à quel point cette musique est chère à son âme d’ancien Yougoslave qui évoque avec nostalgie, non sans dérision parfois, le pays dans lequel il a vécu et qui aujourd’hui n’existe plus à cause d’un terrible éclatement opéré non sans tragédie. “Mourir ne fait pas mal, dit un soldat, c’est vivre qui fait mal”. Il y a dans la plupart des personnages toute la complexité de l’être humain : ses envies de haïr jusqu’à la mort et son besoin plus irrépressible encore d’aimer, mais aussi ses trahisons, sa bravoure, ses courages, ses fuites et ses combats de l’intérieur vers l’extérieur…

Kusturica, un cinéma de la maturité

Kusturica nous comble à bien des égards : tout d’abord, parce qu’il troque un peu de son cynisme si féroce dans “Underground” pour quelques rayons de soleil et d’espoir dans un univers plus coloré dont toutes les sonorités comptent autant que les images avec cette atmosphère drolesque et déjantée dans certaines scènes tel l’épisode où un âne se retrouve planté comme par la magie du Saint Esprit au milieu de la voie ferrée sans bouger malgré les coups de klaxons des habitants qui essaient de fuir dans leur vieille voiture avec leurs casques de combat. Plus de 15 ans de recul sur la guerre : serait-ce aussi le signe d’une maturité face à un conflit qu’aucun cinéma même le meilleur, ne pourrait vraiment permettre de comprendre et de justifier ? Ici c’est plutôt le plaisir de la découverte pittoresque et spontanée qui domine : la Bosnie nous apparaît comme cette terre de déchirements et de convoitises qui était avant tout (et qui aurait du le rester) un trait d’union entre des peuples, des cultures et des origines !

Le Miracle de la Vie, c’est la Découverte des gens évidemment, des caractères drôles, naturels et attachants, rarement pathétiques, des états d’esprit profonds et sources de réflexion sur l’Absurde, des animaux toujours si fidèles à l’oeuvre d’Emir, des paysages de ce pays superbe et méconnu malgré les ravages qu’il a subies, des scènes cocasses presque inimaginables – sauf pour un Kusturica – qui font toujours de son cinéma un art de l’ingéniosité, de la magie et de la fantaisie où tout est habilement mené, construit avec précision malgré l’apparente déconstruction de certains scènes, les coupures sèches et leurs ruptures brutales. La réflexion pour Kusturica n’est pas tant dans les longues phrases de méditation dans le vent, dans l’intériorisation des émotions et des idées ou encore dans des morales stériles, mais plutôt dans les envols, les chutes, les rythmes saccadés et énergiques où l’humour rafraîchissant détonne avec la tragi-comédie dans laquelle à tout instant on risque de perdre la vie et on jour ses espoirs comme des vatoos pour croire au Bonheur!

Après le tonitruant premier grand film “Papa est en voyage d’affaires”, “Underground” et le “Temps des Gitans”, “La vie est un miracle” est un nouvel enchantement qui estompe la demi déception que constituait à mes yeux “Chat Blanc, Chat noir” dont le seul registre était celui de la comédie burlesque. C’est une immersion surprenante et marquante qui nous transporte dans un monde à part et plus que tout un hymne humaniste à l’amour et à la Vie plus forte que la guerre et les haines ethniques, même si hélas, les hommes gardent rarement des leçons de leurs folies destructrices! En toutes circonstances, les miracles existent et c’est bien parce que le grand Emir, en dépit de ses souffrances, est un fervent croyant en la Vie qu’il nous offre une oeuvre aussi exceptionnelle… Etre en vie, dans la vie, quelle plus belle leçon? Merci Kusturica.

C’est à Drvengrad dans la région de Mokra Gora qu’ont été posés les décors du film de Kusturica, La Vie est un miracle. Le tournage du film a d’ailleurs inspiré à Kusturica la construction de l’ethnovillage en bois de Küstendorf . A proximité de Zlatibor, sur les contreforts du massif de Sargan, à la frontière entre la Serbie et la Bosnie, on retrouve le train « Šarganska Osmica » ; ce petit train qu’empruntent les héros du film, mais aussi celui que choisissent des milliers de touristes pour revivre leurs aventures et un moment plein d’émotions.

 

Acteurs : Slavko Stimac, Vesna Trivalic, Natasa Solak Réalisateur : Emir KUSTURICA Studio : Universal Studio Canal

Que pourrait-il y avoir de mieux pour le village qu’une ligne de chemin de fer touristique ? Et que pourrait-il y avoir de pire pour le tourisme que la guerre ?

Visualisez les vidéos :

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Extrait|http://www.youtube.com/watch?v=f-YysjZneto

 

Film complet en VF|http://www.youtube.com/watch?v=UkZqNwy3H0w

Underground film complet|http://www.youtube.com/watch?v=vWf2SKZM2rs<br />

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A propos de l'auteur

Curieuse, j’essaie de faire d’Ideoz un espace éclectique et tourné vers les échanges et la rencontre avec les différences. Historienne, anthropologue et ethnologue de formation. Voyageuse inconditionnelle, je nourris un amour viscéral pour les pays d’Europe centrale et orientale, avec une prédilection pour les Balkans (notamment l’Ex-Yougoslavie…). Dans ces terres, qui m’ont enseigné beaucoup de leçons, au fil de quinze ans de découvertes, de rencontres et de hasards… je me retrouve parfois… tant elles sont insoumises, contrastées, passionnelles et contradictoires.
 
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Un commentaire
  1. Pingback: Harrison's Flowers, un film manichéen sur la guerre entre Croatie et Serbie

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