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Les Serbes : clichés et mentalités en Serbie

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serbes

Qui sont les serbes? Comment sont-ils perçus par les touristes français? Comment vit-on en Serbie et que faut-il savoir sur la Serbie et les Serbes pour apprécier au mieux son voyage en Serbie?

Il n’y a bien sûr aucune réponse exhaustive ni pertinente à ces questions générales. Pourtant, beaucoup de voyageurs se les posent à un moment ou à un autre, avant, pendant ou après leur séjour en Serbie. En parcourant les divers forums francophones où j’ai l’occasion d’apporter mon expérience à propos des Balkans, je suis toujours assez agacée de constater les a priori qui résistent à propos de la Serbie et des Serbes. Qu’on se le dise, la Serbie est un beau pays, encore méconnu et qu’il faut apprécier pour ses richesses et sa nature profonde… Et si on essayait de dépasser les préjugés?

La première mouture de cet article a été rédigée en 2007 pour un site qui n’était pas dédié aux voyages. Elle répondait à des questions courantes liées à la situation un peu délicate ayant suivi l’indépendance du Kosovo, assez médiatique pour donner une image des Serbes négative. Pour qu’elle soit moins associée à ce contexte, je l’ai reprise il y a peu pour ajouter quelques expériences sur des situations moins connotées par la politique.

Mentalités des serbes en Serbie

Certes, la Serbie a été impliquée lors des deux dernières décennies dans plusieurs guerres, qui ont terni son image et l’associent encore trop souvent aux termes génocides, crimes, épurations ethniques, horreurs.
Certes, la Serbie a ses responsabilités importantes, puisque des hommes politiques et des hommes de main ont tenté de courir après le mythe de la Grande Serbie et ont accéléré le processus de démantèlement de la Yougoslavie. La Serbie a aussi son lot de souffrances, ses doutes, ses multiples difficultés, ses paradoxes, dans la mesure où elle reste partagée entre une aspiration de modernité et un fort ancrage dans les traditions, entre l’Europe, perçue comme une possibilité de réintégrer le concert européen et même international et comme une chance d’obtenir des finances favorisant sa reconstruction, et entre le repli sur elle-même, avec en arrière plan le prétendu “ami” russe qui cherche surtout à préserver ses marchés énergétiques…  

Mais la Serbie, ce n’est pas que cela, heureusement. C’est un magnifique pays,  avec des paysages et un patrimoine étonnants,  avec un peuple fier de ses valeurs, de sa culture, doté d’une histoire riche et tourmentée depuis des siècles. Les serbes sont également accueillants, festifs en ville comme à la campagne et très différents des clichés…Laissez vous porter par la curiosité et l’ouverture d’esprit si vous décidez d’aller en Serbie…

Pour découvrir un peu mieux les Serbes à travers mes voyages:

Préjugé le plus tenace :  la Serbie serait un pays dangereux, surtout si on est français

FAUX

L’histoire témoigne de liens de prédilection entre la France et la Serbie depuis que ce royaume existe. La Serbie a d’ailleurs été l’alliée de la France à diverses reprises et cet attachement s’est manifesté par un culte de la culture française même s’il n’atteint pas celui de la Roumanie. La France compte aussi l’une des plus grosses communautés serbes d’Europe.  Pourquoi les Français seraient-ils mal vus et reçus ou couraient-ils un danger? Peut-être parce que les médias ont insisté sur une hostilité des Serbes à l’égard des pays qui ont reconnu l’existence officielle du nouvel Etat du Kosovo. Bien sûr, au nom de leurs liens avec la France, certains serbes ont pu avoir l’impression d’être trahis ou être déçus, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont décidé de le faire payer aux touristes en les agressant, les insultant ou les menaçant.

Les Serbes restent un peuple chaleureux, hospitalier, bon vivant et tourné vers l’échange et l’entraide, probablement bien plus que peuvent l’être les Croates, les Slovènes ou les Macédoniens au premier abord, par exemple.  C’est de loin le pays des Balkans où je me suis sentie la mieux accueillie et parfois considérée comme une invitée importante de la famille ou une hôte très particulière à qui on porte de nombreuses attentions pour que tout soit au mieux et que je garde un souvenir inoubliable.

La serviabilité à l’égard de la touriste étrangère que j’étais m’a toujours frappée. Non pas que je ne m’attendais pas à la disponibilité ou l’entraide que j’ai pu éprouver, mais souvent dans mon propre pays, j’essuie des réactions de refus ou me heurte à des comportements déplaisants en cherchant simplement comment me rendre du point T à tel ou tel lieu. Ne parlons pas des déboires vécus lors de mon dernier passage à Paris ; dans certains quartiers, le degré d’anonymat et les réactions de crainte quand mon père (au fort accent espagnol) demandait à un passant de l’aide pour s’orienter, m’ont dépassée. Avions-nous été malchanceux dans nos rencontres ou sont-ce des réactions courantes? En France, pays moderne où tout le monde s’en remet à un GPS, une application mobile ou autre technologie pour se guider, il devient de plus en plus difficile d’interpeller un interlocuteur dans la rue pour obtenir une information. Quand les gens ne savent pas, ils peuvent ne même pas répondre autre chose que “je ne sais pas” sans avoir écouté ni salué, ignorer carrément en passant leur chemin et feignant de ne pas entendre ou voir, malgré les appels polis pour obtenir de l’aide. Tous les français ne réagissent pas de la sorte, mais ce n’est pas rare. En Serbie, la rencontre avec un inconnu n’inspire pas spontanément un réflexe d’inquiétude. Cela fait du bien.

A de nombreuses reprises, des inconnus en Serbie, croisés dans une rue en ville ou sur la route en campagne, alors que j’étais perdue, m’accompagnaient pour que je trouve mon chemin, quitte à se débrouiller pour revenir sur leurs pas à pied. J’étais touchée d’une telle attention. Quand ils ne comprenaient pas un mot mais qu’ils sentaient que j’avais besoin de leur aide, ils ne passaient pas leur chemin en m’ignorant, mais au contraire se démenaient pour se faire comprendre.

Dans les restaurants en Serbie, je ne retrouvais pas le côté formaté, froid et peu convaincant, des serveurs observés en Croatie. Au contraire, ils semblaient attentifs à me satisfaire grâce à de bons conseils pour choisir les spécialités ou les plats que je ne connaissais pas ou qu’ils considéraient comme les meilleurs selon eux. 

Il n’y a aucun danger à voyager en Serbie, ni des risques propres qui justifieraient une prudence spécifique y compris quand on est une femme se déplaçant seule dans les transports en commun ou en voiture. Dans les médias, on a un temps entendu parler après les guerres d’indépendance de la persistance trafic;  la circulation des armes serait courante, partout, surtout dans la capitale. Mais ce sont des choses qui ne sont pas évidentes pour le touriste qui est seulement en transit, même si les douaniers lors du passage des frontières ont souvent cultivé ce fantasme en vérifiant la possession d’explosifs ou de kalaschnikovs comme je le raconte sur cet article dédié aux frontières dans les Balkans.  Il n’y a pas plus de danger à faire du stop qu’ailleurs en Europe.  Les dangers courants que vous connaissez si vous êtes habitué à cette pratique. Elle est répandue et les Serbes serviables à ce niveau là. Certains s’avèrent des conducteurs imprudents ou folkloriques, tant en terme de vitesse que de respect des lignes blanches et sont assez peu soucieux du code de la route et des règles de conduite.

 Les vols ne sont pas plus nombreux qu’ailleurs, peut-être même moins qu’en Europe occidentale où les pickpockets fleurissent dans les capitales et villes touristiques et les cambriolages sont légions. Ce n’est pas une raison pour montrer trop ostensiblement ce que l’on a sur soi. On évoque souvent les Rroms comme responsables de clans mafieux, qui vivent des cambriolages et de mendicité dans les pays plus riches. D’aucuns répondront que “les mauvais débarrassent le pays” et s’en réjouissent. La manière de parler des Tziganes n’est pas toujours subtile. Je ne connais pas de Tziganes vivant en Serbie ni n’ait eu l’occasion de pénétrer assez dans une communauté pour en comprendre les usages. Je ne saurais juger de ce qui leur est prêté comme défauts ou risques. Comme souvent dans les préjugés, il y a une tendance à généraliser grâce aux fantasmes. La réalité doit être plus complexe et tout tient aussi à la situation très précaire de nombreux Tziganes qui vivent de la récupération et s’affairent autour de la gare de Belgrade pour repérer des ferrailles ou autres objets.

En 2009, mon amie belgradoise, Natasa, que je rencontrais pour la première fois me rappelait d’ailleurs lors de nos balades que dans certains lieux comme la gare centrale de Belgrade, il est déconseillé de trop traîner avec ses affaires et bien sûr, il ne faut jamais les laisser sans surveillance. Je la trouvais zélée par moment quand elle voulait me prémunir de mauvaises surprises en insistant sur la nécessité de ne rien montrer. J’avais l’impression qu’en Serbie on pouvait presque laisser sa voiture avec des valises visibles sans courir de risque, ce qui me rassurait. Étais-je naïve ou chanceuse? J’étais déjà allée près de cette même gare centrale de Belgrade, en marchant au hasard lors de mon premier séjour en 2000, puis en 2004, et je n’avais pas ressenti l’insécurité qu’elle me dépeignait. Selon elle, les choses auraient changé en pire depuis quelques années. La gare centrale et ses environs sont remplis de migrants de toutes origines, ayant atterri dans la capitale serbe en empruntant la route des Balkans depuis la Syrie ou d’autres destinations. Elle se défend de toute xénophobie lors de sa remarque. Ils ne sont pas dangereux ni voleurs probablement, mais leur présence en nombre et leur errance est une donne nouvelle pour Belgrade et renvoie une impression de risque possible appelant à plus de vigilance.

 

Les Serbes sont tous des méchants?

FAUX

“Les serbes (un peu moins à Belgrade parce que c’est la capitale) sont gentils et très hospitaliers, ils essaient toujours de faire plaisir” selon Carine, qui vit en Serbie ….

Je caricature à peine et évidemment, j’ai déjà répondu à la question. Comme partout, il y a des serbes sympathiques et ouverts, d’autres qui le sont moins voire pas du tout, il y a des gens dont les idées, notamment nationalistes rappellent beaucoup les mêmes que celles de Milosevic et de ses partisans … Se demandent-on en France si les gens sont gentils ? et s’interroge-t-on sur leurs idées politiques? Si vous allez en Serbie sans vous embarrasser de préjugés sur les motivations de la Serbie pour conserver le Kosovo par exemple, personne ne vous parlera spontanément de politique. Évitez ce genre de conversations, ou abordez les avec la plus grande prudence, en sachant à qui vous parlez, pourquoi et comment vous le faîtes? Les guerres furent des événements extrêmement complexes, où il n’y a pas un côté blanc et gentil, et un côté noir et méchant.  

En Serbie, il y a eu des criminels, des Tcheknicks, des armées, des partisans ou sympathisants ultra nationalistes qui ont perpétré des abominations, sur le territoire actuel, dans le Kosovo, en Bosnie ou en Croatie. Mais il y a eu aussi beaucoup de réfugiés, obligés de quitter terres, maisons et famille, il y a eu des femmes violées, des maisons brûlées et volées, en Croatie ou en Bosnie, où tout a été fait pour renvoyer les Serbes de ces pays dans l’actuel territoire de la Serbie ou de la République serbe de Bosnie. Sans parler des pertes humaines , tout aussi terribles que pour les autres voisins, à mon sens… Et la Serbie continue à payer chaque jour par l’isolement…   

Les Serbes n’admettent pas l’existence du Kosovo indépendant ?

Vrai et Faux

Une partie des Serbes, surtout parmi les jeunes urbains (en dehors de Novi Sad,  considéré de façon un peu excessive à mon avis comme un fief des ultra nationalistes)  savent que la seule issue pour une Serbie paisible et capable d’intégrer un jour l’Union européenne, passe par cette reconnaissance. Ces personnes ressentent lea perte du Kosovo comme cruelle, mais ils se tournent vers un avenir “européen” avec  l’espoir d’aides, des fonds structurels permettant de redresser une économie exsangue, d’autant que la crise financière actuelle fait rage à tous les niveaux et précarise plus encore le pays, isolé dans le concert des pays européens et même dans les Balkans.

Les Serbes ne mangent pas tous à leur faim, semble-t-il, selon des statistiques nationales ou de l’OCDE. La situation n’économique a surtout obligé beaucoup de ruraux à rester fidèles à leurs pratiques d’autarcie, en travaillant leur jardin, mangeant les productions de leur verger, de leur potager, des fruits ou légumes sauvages ramassés dans la nature et revendus pour quelques centimes sur les bords de route. L’augmentation galopante des prix en 2008 a rendu la vie quotidienne de plus en plus difficile. Ne parlons pas des moyens pour se chauffer, aller chez le médecin ou faire des examens ou recevoir des traitements un peu particuliers.

Le chômage est endémique et atteint dans certains endroits plu de 45% !!! comme au Kosovo. Mais l’économie de la débrouille prévaut : la volonté de travailler même pour peu d’argent domine et il y a des tas de petits boulots pour essayer de s’en sortir, même si cela oblige à accepter la précarité comme mode de vie. On n’est pas étonné de croiser dans les rues de Belgrade dès que la nuit surgit (ou pas forcément), des vendeurs à la sauvette proposant une seule cigarette, des jeunes vendant des disques des derniers films piratés en divx et revendus pour quelques dinars. L’assistance et la solidarité “nationale” par un système de redistribution étatique des richesses ne semble pas un concept évident, ni imaginable.  Quand j’évoque avec mes connaissances serbes ou des inconnus avec qui j’échange, les bases du système social qu’il y a dans certains pays comme la France pour soutenir les personnes précaires, cela est carrément incompréhensible. Il y a un rejet assez fort de ce que certains appelleraient l’assistanat. Chacun doit se prendre en charge, cela n’exclut pas que l’on soit aidé en famille, par les amis, les connaissances, mais il n’est pas question de compter sur les politiciens ni de croire en eux pour s’en sortir, ni de penser que l’Etat va nous aider si on en a besoin.

En 2000, déjà, nous avions été effarés par la situation en apparence catastrophique de la Serbie, après le lent délitement politique, social et économique. Nous constations partout dans les villes comme les campagnes une forte pauvreté, mais jamais la situation n’était misérabiliste. Les Serbes avec qui j’échangeais n’auraient pas songé à se plaindre de leur sort ce qui forçait notre admiration. 9 ans plus tard peu de choses avaient changé. Aujourd’hui en 2017, la société de consommation s’en renforcée à Belgrade où les enseignes internationales s’installent pour conquérir de nouveaux marchés, les investisseurs détruisent des ouvrages historiques, dévisagent des quartiers authentiques et construisent à tout va, non sans beaucoup de corruption et d’expropriations non compensées. Dans le reste du pays, je ne suis pas sûre que cela différerait encore de ce que j’observais lors de mes premiers séjours.

Un tiers environ des Serbes sont plutôt sensibles encore aujourd’hui aux discours nationalistes des nouveaux tenants comme Kostunica et Nikolic. Pour beaucoup, c’est un réflexe d’angoisse vis-à-vis d’un présent et d’un avenir annoncé comme pénible, alors que le passé fait l’objet d’une véritable nostalgie. Ce n’est donc pas forcément par adhésion et conviction, mais parce que la vie est difficile en Serbie et que les événements liés au Kosovo agissent pour cristalliser les peurs et les doutes.

Sur les questions de politique intérieure:

Sur les questions de politique vis-à-vis du Kosovo :  Les conflits “gelés” et le cas du Kosovo

Aller du Kosovo en Serbie n’est pas possible…?

Compliqué en réalité.  Aujourd’hui, compte tenu que les Serbes ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo, les douaniers ont décidé d’interdire ou de compliquer l’accès au pays à tous ceux qui ont sur leur passeport le tampon du Kosovo.  Nul ne sait si les consignes proviennent de Belgrade, qui refuse de s’exprimer sur la question. Ce qui était une initiative de certains douaniers zélés est devenu un problème majeur, puisque cela concerne tous les véhicules et les camions, qui sont obligés de retrousser chemin pour passer par d’autres routes, beaucoup moins pratiques, que celles qui sillonnent la Serbie. Votre passage est donc lié essentiellement au bon vouloir des douaniers serbes.

Réactualisation : jusqu’à 2013, la situation était compliquée, mais elle s’est améliorée aux frontières entre la Serbie et le Kosovo. Même si l’apaisement est un peu illusoire, il est possible de rentrer en Serbie en présentant une carte nationale d’identité valide, tandis que vous présenterez au Kosovo un passeport.

Les Serbes sont-ils racistes, xénophobes?

Une phrase d’un écrivain fameux et que je vous recommande au passage, Aleksandar Tasmi synthètise assez bien la perception des habitants des Balkans à l’égard d’autrui – Autrui pouvant d’ailleurs être son voisin :”Chez nous (dans les Balkans) on apprend vite la méfiance. On peut être ensemble, s’accorder provisoirement, mais l’Autre reste à l’Autre. (…) La confiance totale m’est impossible !“.

La Serbie était un pays peuplé à majorité de Serbes mais dans l’Ex-Yougoslavie, les communautés ethniques se sont toujours mélangées, à ce point qu’on comptait jusqu’à la guerre et à l’explosion de ce pays, de nombreux mariages mixtes et qu’il y avait dans tous les villages et les villes des membres de chaque communauté et confession (croates, bosniaques, serbe, “Rroms”, macédoniens, montenegrins, Vlachs, orthodoxes, musulmans d’origine turque, albanaise, catholiques, juifs …) soucieux de préserver leurs spécificités culturelles et leurs croyances, tout en respectant relativement bien les autres groupes de population. Cette vision est quelque peu idyllique, je le reconnais, mais elle a fonctionné grâce à la main de fer de Tito.

La mort du Maréchal dictateur a commencé à réveiller des velléité d’autonomie, voire pour certains d’indépendance, qui vont s’exprimer dès la fin des années 80 et surtout à partir de 1990-91. La Slovénie commence à réclamer son indépendance, qu’elle obtiendra après une guerre éclair sans trop de dommages. Quand les croates voulurent l’imiter, les Serbes s’y opposèrent formellement et commença alors la première guerre croato-serbe qui aboutit après quelques années à l’indépendance de la Croatie… La Bosnie, malgré elle, devait être le pays qui incarna le mieux tous ces déchirements…

 Aujourd’hui, la Serbie est une république indépendante nommée Republika Srbija. Elle doit être distinguée de la république serbe de Bosnie Republika Srpska, qui est un territoire à majorité serbe, en Bosnie, couvrant environ 1/3 du nouveau pays. En Serbie, continuent à cohabiter diverses communautés. La majorité des tensions actuelles proviennent de la présence de Roms qui sont appelés (en dehors des villes) et en particulier dans les zones rurales les “Noirs”, par opposition aux serbes orthodoxes “Blancs”. Les tensions sont latentes, les communautés Roms sont perçues avec un mépris assez fort par beaucoup, sans qu’il soit possible de généraliser. On est assez loin de l’ambiance folklorique et burlesque d’un Kusturica. Le film Gucha, la trompette d’or démontre bien cet état de fait entre les communautés serbes et roms.

Les Serbes sont-ils machos?

Vrai

C’est plutôt vrai voire très vrai selon mon amie Natasa et d’autres connaissances qui identifient et classent les femmes par groupe selon leur âge et leur statut. Selon eux, il y a toujours deux Serbie ; celle de Belgrade, ville moderne, très dynamique, où les femmes sont plutôt libérées, et même souvent (trop?) aux yeux des touristes qui peuvent être étonnés et même choqués par leurs tenues vestimentaires très dévêtues… et la Serbie des campagnes avec un esprit très rustique, attaché au respect des traditions.

Une majorité d’hommes serbes (selon tous ceux que j’ai rencontrés et avec qui j’en ai parlé) n’aiment pas que d’autres hommes regardent leur copine ou femme avec trop d’insistance, tout en espérant faire des envieux, salivant et zyeutant la beauté qu’ils leur envient. Cela peut même vite en venir aux mains, si un geste ou un regard déplacés sont constatés et plus encore si c’est dans un club où le soupçon de drague et la consommation d’alcool enveniment les situations…

Pour une raison qui m’échappe encore, pas mal de touristes découvrant la Serbie pour la première fois et commentant mon blog IDEOZ, interrogent souvent une vision dominante qu’ils ont acquise à propos des femmes serbes des villes et de leur apparence physique qu’ils jugent très osée voire provocante.  Il y a un culte du corps et de la tenue vestimentaire suggestive dans certains contextes et lieux. On ne peut pas le nier, mais de là à ne retenir que cela, n’exagérons rien… Les mini jupes très mini,  pulls très courts montrant le nombril, les décolletés plongeants sont courants quand la saison s’y prête et donnent l’impression qu’on évolue au milieu de mannequins qui sont toutes en concurrence et sont difficiles à distinguer, tant leurs codes sont reproduits de l’une à l’autre…

Quand on travaille durant la semaine, on s’habille de façon fonctionnelle et assez anonyme. Quand on sort, même pour se promener en ville le samedi, dans une rue comme Knez Mihailova, on sort le grand jeu, on se maquille en mettant la dose, on s’apprête et on se vêtit (élégamment) selon les critères locaux. Celles qui peuvent se le permettre et ont envie de se conforter sur leur conformité aux normes du féminin en mode séductrice, chaussent les escarpins à hauts talons, choisissent des robes moulantes ou très courtes, montrent leurs jambes à la peau luisante et laissent deviner leur poitrine généreuse ou rehaussée au besoin par leur push-up, tout comme leur fessier bien bombé. 

 Difficile de ne pas y voir une volonté d’imiter les stars et starlettes nationales évoluant à la télévision, a fortiori de la télé réalité souvent très trash. Mais à n’en pas douter, c’est le milieu de la chanson (surtout dans le style turbo folk serbe) qui est le plus inspirant, à l’instar de Svetlana “Ceca” Raznatovic. Autre modèle,  Jelena Karleusa,  dite JK, chanteuse de pop très populaire dans les Balkans aurait lancé sa carrière par une petite phrase nuancée : “toutes les chanteuses sont des putes (qui ont couché pour réussir)” et suscité la polémique en accusant Kim Kardashian puis Beyoncé d’avoir copié son style…. Ce micro phénomène de clones de Kim Karashian à la sauce serbe (à moins que Kim ait copié?) n’est pas une tendance qui déterminerait une manière d’être propres aux jeunes femmes citadines. Cela questionne forcément sur le féminisme, l’affirmation des femmes et leur reconnaissance dans la société.

Svetlana Ceca Raznatovic

Svetlana “Ceca” Raznatovic

 svetlana ceca raznatovic en 2001D’autres ne peuvent s’empêcher de penser à un phénomène qui existe en Colombie où certaines jeunes filles rêvent de sortir avec un baron de la drogue  pour sortir de leurs difficultés financières. Elles voient dans le narcotrafiquant qu’elles séduiront un sauveur malgré les dangers encourus. Elles n’hésitent pas à se faire grossir les seins et à investir tout ce qu’elles gagnent  dans les meilleurs soins de beauté et vêtements pour dégoter le futur parrain lors d’une soirée. L’itinéraire de Svetlana Raznatovic, la veuve du chef para-militaire serbe “Arkan” Zeljko Raznatovic devenue chanteuse de turbo-folk serbe et starifiée dans la région sous le nom de Ceca, n’est peut-être pas si éloigné. D’ailleurs, après avoir vendu 10 millions de disques en quelques années, sa popularité a gagné les pays voisins et elle reste la personnalité la plus googlisée au Monténégro, en Serbie et en Bosnie Herzégovine, devant même Novak Djokovic, le champion de tennis. Mais qui pourrait en conclure que toutes les Serbes se projettent dans ce genre de destin et utiliseraient seulement leur physique pour garantir leur confort et leur fortune? 

Rien empêche de cultiver les traditions : mariage selon le rite orthodoxe de Svetlana Raznatovic et d’Arkan

mariage entre Svetlana "ceca" Raznatovic et Arkan

Photo : volimpodgoricu.me

“Bling bling”, vous trouvez?Svetlana-Ceca Raznatovic

 

Pour en revenir aux rapports hommes / femmes et séduction :

Certains hommes parmi les jeunes générations urbaines se montrent assez protecteurs et sont en plein paradoxe dans leurs attitudes. Je n’irais pas jusqu’à prétendre qu’ils ont un comportement de maître affichant à son bras son trophée, bien que des serbes me l’aient affirmé. Ils sont fiers que leur femme soit séduisante, affiche ses attributs de façon très démonstrative voire aguicheuse, du moment qu’ils sont les seuls à pouvoir en profiter et à en tirer une fierté… De là à ce que leur chérie ne soit qu’un faire-valoir, il n’y a qu’un pas que je ne franchirais….

Les femmes plus âgées ou qui ont eu des enfants, font un peu l’objet d’un culte de la “mère”, un peu à l’image de la “mamma italienne”. Mais attention, si une femme a le malheur de résister trop fortement à un homme, elle peut aussi très vite être humiliée et traitée de “pute”.  Natasa est affirmative et ne nuance pas son propos, ce qui m’interpelle.  Ce n’est bien sûr pas un réflexe général des serbes, jeunes ou plus âgés, mais il faut le savoir selon elle et ne pas se leurrer sur la réalité des mentalités au prétexte qu’on aimerait la Serbie ! Qui aime bien, châtie bien. 

Dans les zones rurales, très importantes en Serbie, les femmes restent au foyer, elles s’occupent de toutes les tâches ménagères et de la cuisine, elles sont invitées à ne pas trop “penser” ou “réfléchir”, car ce ne seraient “que des femmes” et qu’elles ne sont pas créées pour “ça”. Les femmes à table n’ont pas forcément la parole, à moins que leur homme les y autorise. Anecdotes à peine exagérées. Mais elles concernent les plus de 40 ans en général.

Les Serbes sont-ils homophobes ?

Amis gays et lesbiennes, gardez vous de tout geste ou de toute démonstration ou parole qui trahirait vos préférences en public!  Les gays sont “tolérés” à condition qu’ils restent discrets…

En 2012, le film Parada “La Parade” de Srdjan Dragojevic révèle avec beaucoup d’humour et des situations souvent grotesques ou cocasses, combien il peut être compliqué d’être homosexuel en Serbie et moins encore ostensiblement, en défilant pour l’exprimer dans les rues de Belgrade, lors de la Gay Pride. Dans cette oeuvre drolatique, un chef de gangster de Belgrade se retrouve obligé de mobiliser des miliciens de tous les pays voisins pour assurer la sécurité de la première Gay pride organisée.

Avec une forte dose de clichés, le réalisateur s’attaque à l’homophobie existant dans les Balkans et recrée une sorte de lien plus fort que les préjugés entre des personnes qui ont tout à la base pour se haïr. Au-delà de l’homosexualité, les souvenirs des guerres resurgissent. On explore aussi la difficulté de communication et de tolérance entre  peuples voisins, les soi-disant différences de mentalités ou de cultures qui auraient justifié l’explosion de la Yougoslavie dans les années 90. A l’époque où j’ai écrit cet article, la Gay Pride semblait inimaginable. Quelques années après, elle s’est déroulée sans heurts, ni crimes et aujourd’hui, comme à Zagreb, c’est un événement presque banal qui ne suscite plus vraiment de polémiques. Preuve que les choses changent assez vite et qu’un certain esprit de tolérance est possible. Ana Brnabic, actuelle premier ministre ouvertement lesbienne, a participé à la marche des fiertés à Belgrade en septembre 2017.

Parmi les principales précautions à prendre en Serbie : ne pas aborder de sujets “politiques” ; cela peut être très mal vu, surtout si vous les abordez avec la seule connaissance liée aux informations de nos médias. Les conversations politiques n’ont lieu qu’entre personnes se connaissant déjà. Si vous avez envie d’échanger avec des serbes sur des questions de ce type, évitez de prendre partie, de trop donner votre avis, même si ce que vous entendez peut vous choquer!

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Des questions auxquelles n’ont pas répondu notre guide de voyage sur la Serbie ou les brochures officielles de l’office du tourismeLes voyageurs, expatriés et autochtones spécialistes de la Serbie vous répondent!



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A propos de l'auteur

Voyageuse dès le berceau, je nourris un amour viscéral pour les pays d'Europe centrale et orientale, avec une prédilection pour les Balkans (notamment l'Ex-Yougoslavie...). Dans ces terres, qui m'ont enseigné beaucoup de leçons, au fil de quinze ans de découvertes, de rencontres et de hasards… je me retrouve parfois… tant elles sont insoumises, contrastées, passionnelles et contradictoires. J’essaie de me montrer curieuse de tout, de mettre de côté mes idées reçues, de découvrir les pays depuis les sites incontournables jusqu’aux plus inattendus, insolites ou traditionnels quitte à me perdre pour mieux me laisser surprendre. Je privilégie les rencontres, repas et hébergements chez les habitants, pour explorer les traditions, les cultures, l’histoire et les plaisirs culinaires typiques.J'essaie de faire d'Ideoz un espace éclectique et tourné vers les échanges et la rencontre avec les différences. Historienne, anthropologue et ethnologue de formation.   Me contacter par mail? En savoir plus sur moi et sur le projet IDEOZ Voyage...

9 commentaires

  1. VolimSrbijuPosleSvega on

    Je suis d’origine serbe et née Française.
    Il y a du VRAI mais le sujet date tout de même pour moi.
    Vous vous focaliser trop sur la capitale « Belgrade ».
    Les temps que vous expliciter si bien on changer, aller un peu dans les villages. Le comportement des à changer surtout à l’encontre de touristes et de gens ayant des terres là, les serbes sont egris, voleurs..( mes grands parents ont gardés leurs maisons en partant pour l’etranger, et je peux vous dire moi qui est d’orgine Serbe, je suis vu comme une touriste
    ou même une étrangère aux yeux des serbes). Pour les filles de là-bas elles sont constamment à pointer du doigts les filles d’europe «  putes.. » mais ce que je peux dire même ce que les européens ont sous les onglets ces filles et femmes ne l’ont pas. C’est fini,l’epoque où la femme était considéré comme un « esclave ». Les femmes se sont modernisées tant plus qu’a la capitale (sorties,dernières tendances à la mode).

    Oui,c’est peut-être « degeulasse » de cracher sur son pays mais la seule chose qui me retient à aller toujours en Serbie «  la liberté que je n’ai pas en France et ses beaux paysages). Pour le reste, il y a pratiquement plus d’humanisme chez la communauté, on vous regarde haut parce que vous avez « les moyens » .
    Pour ma part, j’ai fais aussi un voyage hors saison et c’est à ce moment là que j’ai trouver intéressant d’analyser comment travaille l’homme en Serbie (ahahha, en France, il y a longtemps que vous auriez vu la porte de votre entreprise).

    Pour ma part, ils sont bien loin de l’UE.
    Certes, leurs niveau d’etudes Est assez élever mais quand vous vous dites exemple tout bête mais important quand même ( en France, on vous parle de « sexualité entre la 5e et 3e. En serbie, il ne savent même pas ce que c’est une capote féminine. C’est exemple, parce que pour ma part la femme doit connaître l’anatomie Masculin et tant l’autre.)

  2. Milan Bogicevic on

    Y’a du vrai mais j aime pas les termes : les gens sont tourné vers l Ue, c’est faux sauf les politiciens et quelques gens aisés des villes
    Ou : ont a accéléré le démantèlement de la yougo, on est les seuls qui sommes restés au final, c’est les autres qui ont fui pour quelques dollars
    Et puis quand je vois les fêtes en Croatie ou ça part en vrille avec full electro et étrangers ( zrce novalja) là ou les occidentaux ont complémentent infesté les pays jusqu’a la racine.
    Je me dis qu on est pas si mal tombé ( jusqu’a quand?..)

    La chose la plus vériidique de l’article est sur le racisme : Chez nous (dans les Balkans) on apprend vite la méfiance. On peut être ensemble, s’accorder provisoirement, mais l’Autre reste à l’Autre. (…) La confiance totale m’est impossible !“.

  3. J ai vue un extrait de télé réalité serbe et j ai été choqué de la violence tout le monde se tape dessus des baffe coups de poing des femmes vulgaire sa m a dégoûte et sa donne une sale image des serbe

  4. Pingback: Les Serbes : clichés et mentalité...

  5. Et les filles alors ?? Sont-elles attirées par les Français comme en Ukraine et Russie ?
    Au sujet de l’alcool qu’en est-il ? Parce qu’en Eu de l’Est c’est un vrai problème….
    Dernière question : quel est le salaire minimum en Serbie (hors capitale bien sur) dans les provinces genre Nis ? Je ne regarde pas sur Google car ça raconte n’importe quoi, mais si quelqu’un de sympas y est allé je suis curieux….

  6. Je suis français d’origine, j’ai découvert la Serbie après avoir été dans plusieurs pays d’Europe de l’Est ( Russie, Ukraine, Slovaquie, Slovénie) ça a été une révélation, le côté slave du sud, le mode de vie et la gentillesse des gens m’ont conquis. Je suis resté deux semaines dans un village près de Trstenik et j’y ai été adopté, je m’y suis tellement plu que j’y ai acheté une vikendica et que je profite de mes congés d’enseignant pour y aller dès que je le peux. Là bas c’est vraiment une leçon d’humanité continuelle.

  7. Franchement, il ne faut pas hésiter… Je partage votre passion pour la Serbie et je n’ai eu que de formidables expériences dans ce pays, de belles rencontres… Y aller sans a priori, tout en connaissant l’essentiel de la mentalité d’un peuple (même si on ne peut pas globaliser) permet aussi d’éviter des déceptions ou des contrariétés!

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